En Guinée, l'interdiction des plastiques à usage unique, dont les sachets d'eau très bon marché, provoque une crise d'accès à l'eau potable. Un moratoire de six mois est accordé pour trouver des alternatives conciliant santé et environnement, tandis que les autorités et les industriels peinent à résoudre l'équation entre besoins essentiels de la population et lutte contre la pollution.
L'unité de production d'eau en sachet de Souleymane Fofana, dans la banlieue de Conakry, s'est remise à tourner à plein régime depuis que les autorités ont accordé ce moratoire. Mais dans six mois, ces sachets d'eau en plastique à usage unique seront de nouveau interdits. Pour le président de l'Union des producteurs d'eau minérale, il faut explorer deux alternatives : les sachets biodégradables et le recyclage des plastiques.
« Nous lançons ce défi à nos fournisseurs pour trouver des solutions d'envoyer sur le marché des plastiques biodégradables. Arrivés à ce stade, nous allons nous donner la main pour la création de PME pour le recyclage et la collecte de ces plastiques. Parce que l'exigence du gouvernement, c'est l'environnement. Nous voulons un environnement sain, non pollué », explique-t-il.
Cependant, le prix des sachets biodégradables est bien plus élevé que celui des sachets plastiques. Une autre piste, avance Souleymane Fofana, pourrait être de supprimer les droits de douane sur les plastiques utilisés dans la fabrication des bouteilles, pour faire baisser leur prix au détail. Mais ces bouteilles plastiques, elles aussi, polluent. C'est pourquoi Mamady Aminata Touré, un militant environnemental, appelle le gouvernement à concentrer ses efforts sur le développement d'une filière de recyclage :
« Quand vous regardez et faites la cartographie, vous verrez qu'il n'y a pas trop d'entreprises dans la transformation et le recyclage des plastiques. Il faut développer ce secteur et donner de la confiance à ces entreprises. Quand on parle des entreprises, il faut parler du ministère de l'Industrie. Je pense que l'État a un rôle à jouer. »
Un réseau d'eau potable encore largement défaillant En mettant en place une politique industrielle, faite d'incitations et de subventions, ce secteur pourrait se développer en quelques années. Mais sur le long terme, la meilleure solution est le développement du réseau de la Société des eaux de Guinée (SEG), défend M'Bany Sidibé, président de l'Union pour la défense des consommateurs de Guinée : « Jusqu'à présent, la Société publique d'eau de Guinée (SEG) ne fournit pas d'eau dans les robinets. Même à Conakry, la plupart des concessions n'ont pas d'eau de la SEG. Et à plus forte raison, dans les préfectures, les sous-préfectures et les districts. La couverture en eau potable, pour couvrir toute la Guinée, il faut au moins cinq à dix ans. »
En attendant, M'Bany Sidibé prévient : tant qu'aucune alternative aussi bon marché que le sachet d'eau n'existe, celui-ci reste indispensable. Car c'est grâce à lui que les consommateurs les plus modestes peuvent accéder à l'eau potable et éviter de contracter des maladies hydriques comme la dysenterie ou la fièvre typhoïde.
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