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Gabon: la montée de l'État français au capital de la multinationale Eramet vue depuis Libreville

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Le 12 octobre, le groupe français Eramet a confirmé l'augmentation de son capital d’ici la fin de l’année. L'État français pourrait injecter jusqu’à 330 millions d'euros, et deviendrait ainsi le premier actionnaire du groupe avec 49% des parts. La Comilog est l'une des filiales majeures du groupe Eramet. Elle exploite l'un des plus gros gisements de manganèse au monde, au Gabon à Moanda. Un changement différemment apprécié. Du côté de Jocelyn Lebama, le secrétaire général des travailleurs des industries minières et métallurgiques du Gabon, l'accueil est plutôt mitigé : « Côté travailleurs, cela ne suscite pour l'instant aucune réaction. » Pour lui, cette augmentation de la participation de l'État français ne change rien à la Comilog. « Le gouvernement français accède à 49% d'actionnariat dans le groupe Eramet, mais le gouvernement français a 0% sur la terre gabonaise. La mine de Moanda est au Gabon, elle appartient aux Gabonais sous la conduite de M. Oligui Nguema, le président de la République gabonaise », insiste Jocelyn Lebama. « Cela n'empêche pas Comilog de fonctionner de façon normale, parce que Comilog est une entreprise de droit gabonais. Maintenant, si la discussion doit se faire avec le gouvernement français, le gouvernement gabonais avisera », pointe-t-il encore. Au Gabon, la Comilog représente 2 000 emplois directs (jusqu'à 10 000 indirects), des recettes fiscales et des projets d'infrastructures. Cet été, un protocole d'accord a été signé pour transformer le manganèse au Gabon d'ici 2031. « L'augmentation de la présence de l'État français au capital d'Eramet va peut-être permettre d'avoir une autre discussion sur les infrastructures, sur la prise en compte d'un certain nombre d'éléments, notamment la RSE de l'entreprise », projette Ike Ngouoni, à la tête du cabinet de conseil stratégique Aïla. Autre sujet central : celui du ferroviaire au Gabon, note encore l'analyste. « On peut peut-être discuter de la modernisation du chemin de fer. C'est vraiment un élément important dans le nœud logistique, à la fois pour y mettre mais aussi pour le Gabon », développe-t-il. Sécuriser des approvisionnements stratégiques Avec des cours mondiaux défavorables, des matières premières défavorables et des difficultés sur certains de ses projets – notamment au Sénégal –, Eramet a essuyé une perte nette de 195 millions d'euros au premier semestre. L'arrivée de l'actionnaire étatique devrait détendre les finances de l'entreprise. Pour le spécialiste des marchés des matières premières et fondateur du cercle CyclOpe, Philippe Chalmin, il s'agit avant tout pour la France de sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques. « C'est, à mon avis, la seule décision logique qui pouvait être prise. Eramet est presque le seul grand mineur indépendant européen », souligne l'expert. « Une décision stratégique de l'État […] en ligne avec ses objectifs en matière de sécurisation des approvisionnements en métaux critiques », indique le communiqué d'Eramet. Il s'agissait d'accompagner, dans une certaine mesure, la sortie de la famille Duval, qui était jusque-là l'actionnaire de référence, rappelle l'expert, et plusieurs prétendants, dont un fonds américain et un émirien, avaient manifesté leur intérêt. « Il n'était pas question de laisser Eramet partir, je ne dirais pas à l'étranger, mais partir quand même sous un contrôle qui allait lui donner d'autres logiques », note Philippe Chalmin. Une nouvelle qui n'a cependant pas réjoui les milieux boursiers. L'action d'Eramet a chuté de plus de 14% après l'annonce du groupe. À lire aussiGabon: malgré l'ultimatum de la Cour des comptes, des justiciables devant 2,59 milliards d'euros pas inquiétés

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