Câest une semaine politique intense qui sâachĂšve Ă Kinshasa. Comme le souhaitait le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi, dĂšs le lundi 14 juin, 24 heures avant la clĂŽture initiale de la session ordinaire de mars, les sĂ©nateurs ont adoptĂ© le projet de loi portant habilitation du gouvernement sur certaines matiĂšres notamment la prolongation de lâĂ©tat de siĂšge. Mais le lendemain, le mardi 15 juin, lâexamen de ce texte censĂ© permettre Ă lâexĂ©cutif dâintervenir dans le domaine lĂ©gislatif pendant les vacances parlementaires est bloquĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale, pourtant majoritairement dominĂ©e par lâUnion sacrĂ©e de la nation. Le mĂȘme jour, des sĂ©nateurs votent majoritairement contre la levĂ©e des immunitĂ©s parlementaires de Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre, que le procureur voulait entendre dans le cadre de la gestion dĂ©criĂ©e des fonds destinĂ©s au parc-agroalimentaire de Bukanga Lonzo. Et ce, malgrĂ© le message subliminal de FĂ©lix Tshisekedi leur demandant de ne pas faire entrave Ă la justice. Peut-on en dĂ©duire que cette coalition au pouvoir initiĂ©e par le chef de lâĂtat bat de lâaile ?
Bonjour,
Je suis TrĂ©sor Kibangula, analyste politique au sein du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche de lâUniversitĂ© de New York. Vous Ă©coutez le 18Ăšme numĂ©ro de Po Na GEC, notre capsule audio qui tente dâĂ©clairer les questions dâactualitĂ© en RDC.
Nous sommes le vendredi 18 juin.
On le savait dĂšs le dĂ©part : la vie dâune coalition si hĂ©tĂ©roclite ne serait pas un long fleuve tranquille. Il vous souviendra par exemple quâaprĂšs les candidatures uniques de lâUnion sacrĂ©e de la nation au bureau de lâAssemblĂ©e nationale, la coalition nâavait pas rĂ©ussi Ă imposer le mĂȘme schĂ©ma au SĂ©nat : Ensemble pour la RĂ©publique de MoĂŻse Katumbi et le MLC de Jean-Pierre Bemba, pourtant membres de lâUnion sacrĂ©e de la nation, sâĂ©taient alors affrontĂ©s pour le poste de deuxiĂšme vice-prĂ©sident de la chambre haute. Un premier fait rĂ©vĂ©lateur du difficile consensus auquel la coalition au pouvoir allait devoir faire face.
Dâautant que les intĂ©rĂȘts politiques des uns et des autres ne sont pas toujours concordants. Loin de lĂ . Surtout que, plus de six mois aprĂšs sa constitution, lâUnion sacrĂ©e de la nation ne dispose toujours pas de charte devant prĂ©ciser ses objectifs et les rĂŽles de chaque composante. Modeste Bahati, prĂ©sident du SĂ©nat, pousserait en vue de son adoption le plus rapidement possible, notamment pour dĂ©finir la clĂ© et les critĂšres de rĂ©partition des responsabilitĂ©s maintenant et aprĂšs les Ă©lections Ă venir. Mais lâUDPS, parti prĂ©sidentiel, ne se montrerait pas pressĂ©e de s'inscrire dans cette dĂ©marche. Ajoutez Ă cela les ressentis de MoĂŻse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba. Ces deux leaders qui ont ralliĂ© FĂ©lix Tshisekedi ont eu lâimpression dâavoir Ă©tĂ© subtilement flouĂ©s lors de la composition du gouvernement, certains de leurs lieutenants dĂ©signĂ©s ne sâĂ©tant pas retrouvĂ©s aux postes promis ou espĂ©rĂ©s lors de la nomination de lâĂ©quipe gouvernementale dirigĂ© par Sama Lukonde. Ce qui nâa fait que renforcer le dĂ©ficit de confiance entre eux.
La machine Union sacrĂ©e de la nation vient donc de nouveau de sâenrayer au Parlement. Au mĂȘme moment, Vital Kamerhe, le premier alliĂ© du prĂ©sident de la RĂ©publique, est reconnu coupable de dĂ©tournement de fonds publics et condamnĂ© en appel Ă 13 ans de travaux forcĂ©s. Son parti menace de claquer la porte de la coalition et de suspendre sa participation aux institutions.
Si tout ceci laisse entrevoir la fragilitĂ© de lâĂ©difice construit de bric et de broc par le prĂ©sident de la RĂ©publique, il est encore trop tĂŽt pour en tirer une quelconque conclusion. LâUnion sacrĂ©e a dâailleurs rĂ©ussi Ă faire passer plusieurs lois. Ce qui dĂ©montre une certaine cohĂ©sion. En tout cas, lâavenir de cette coalition au pouvoir dĂ©pendra,de la capacitĂ© de ses membres et de son autoritĂ© morale, FĂ©lix Tshisekedi, Ă sâaccorder clairement sur un objectif commun Ă court, moyen et long terme. Ils doivent se mettre dâaccord maintenant sur des prioritĂ©s Ă la fois en termes de gouvernance que des contenus des rĂ©formes Ă enclencher. Lâexemple de celle de la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni) nâayant pas rassurĂ© toutes les parties. Sinon les dissensions internes dâaujourdâhui apparaĂźtront de plus en plus au grand jour demain.
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