Le 22 mars, Guylain Nyembo, directeur de cabinet du chef de l'Ătat, a entamĂ©">entamĂ© les travaux de réévaluation du contrat sino-congolais signĂ© en 2008. Selon les premiĂšres informations communiquĂ©es, seuls 300 millions">seuls 300 millions sur les 822 millions de dollars amĂ©ricains libĂ©rĂ©s par la Sicomines ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Le problĂšme est plus profond et ne se limite pas au seul contrat sino-congolais. Il trouve sa source dans un modĂšle Ă©conomique inadĂ©quat, dans la corruption structurelle gĂ©nĂ©ralisĂ©e et dans un Ătat de droit inefficace.
Bonjour et bienvenue dans ce douziĂšme Ă©pisode de la saison 3 de Po Na GEC, capsule audio du Groupe dâĂ©tude sur le Congo, centre de recherche de lâUniversitĂ© de New-York, et dâEbuteli, son partenaire de recherche en RDC. Je suis Jacques Mukena, chercheur principal en gouvernance Ă Ebuteli. Nous sommes le vendredi 31 mars 2023.
Les problĂšmes soulevĂ©s dans le rapport de lâInspection gĂ©nĂ©rale des finances (IGF">rapport de lâInspection gĂ©nĂ©rale des finances (IGF) vont au-delĂ de la Sicomines et touchent Ă lâensemble du secteur extractif congolais. Plusieurs investigations, notamment celles de Congo Hold Up">Congo Hold Up, notent, par exemple, que la corruption et la mauvaise gestion au sein des sociĂ©tĂ©s miniĂšres privent la RDC dâune grande partie de ses recettes budgĂ©taires.
Ă titre dâexemple, un rapport de la coalition Le Congo nâest pas Ă vendre (CNPAV">un rapport de la coalition Le Congo nâest pas Ă vendre (CNPAV) estime quâentre 2003 et 2021, la RDC aurait perdu 1,95 milliard de dollars amĂ©ricains Ă cause de la prĂ©dation dans le secteur extractif. Ce montant aurait pu financer la construction de plus de 8 000 kilomĂštres de routes asphaltĂ©es, plus de 10 000 Ă©coles et de financer lâaccĂšs de 21 millions de personnes aux soins de santĂ© de base.
Mais ceci n'est qu'une simple illustration des maux qui privent la RDC dâun dĂ©veloppement durable et inclusif.
Le modĂšle Ă©conomique congolais est restĂ© en effet inchangĂ© depuis lâĂ©poque coloniale. Son Ă©conomie extravertie est caractĂ©risĂ©e par les voies de communication orientĂ©es vers lâextĂ©rieur et qui ont pour principal rĂŽle lâacheminement des matiĂšres premiĂšres brutes Ă lâextĂ©rieur du pays et lâimportation des produits finis.
Naturellement, cette dĂ©pendance excessive sur les exportations rend le Congo vulnĂ©rable aux fluctuations des prix des matiĂšres premiĂšres">fluctuations des prix des matiĂšres premiĂšres. Donc, la santĂ© macro-Ă©conomique du pays dĂ©pend de facteurs que la RDC ne peut pas contrĂŽler. Pire encore, bien que le secteur extractif congolais contribue Ă 46 % au budget national">46 % au budget national, les retombĂ©es Ă©conomiques Ă©chappent au trĂ©sor public Ă cause de la prĂ©dation, la mĂ©gestion et les dĂ©tournements par certaines Ă©lites politiques congolaises, mais aussi par des hommes dâaffaires Ă©trangers et des multinationales.
En outre, en dĂ©pit de la patrouille financiĂšre menĂ©e par lâIGF qui a non seulement permis aux rĂ©gies financiĂšres de mobiliser">mobiliser les recettes au-delĂ de leurs assignations, et de rĂ©vĂ©ler lâampleur de la corruption structurelle gĂ©nĂ©ralisĂ©e en RDC, la justice congolaise semble ĂȘtre dĂ©pourvue de ses capacitĂ©s pour vĂ©ritablement punir les corrompus et les corrupteurs. Plusieurs politiques inculpĂ©s par le passĂ© dans les cas de corruption sont libres aujourdâhui et certains continuent dâoccuper des postes Ă responsabilitĂ©s dans les institutions du pays.
En conclusion, si des efforts significatifs ne sont pas fournis pour mettre le modĂšle Ă©conomique du pays Ă jour et, surtout, dĂ©politiser la justice pour quâelle puisse enrayer la machine de dĂ©tournement, les travaux de réévaluation en cours nâauront quâun effet mineur sur le dĂ©veloppement Ă©conomique du pays.
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