« Nous avons dĂ©cidĂ© de ne pas dĂ©poser les candidatures de nos membres Ă tous les niveaux des Ă©lections, tant que le fichier Ă©lectoral, câest-Ă -dire, la liste des Ă©lecteurs ne sera pas refaite dans la transparence et auditĂ©e par un cabinet extĂ©rieur compĂ©tent en la maniĂšre», a menacĂ©, le lundi 19 juin, Martin Fayulu, prĂ©sident de lâĂcidĂ© et candidat dĂ©clarĂ© Ă la prĂ©sidentielle du 20 dĂ©cembre prochain en RDC. La politique de la chaise vide est-elle vraiment le meilleur moyen de protester ?
Bonjour et bienvenue dans ce 24e Ă©pisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe dâĂ©tude sur le Congo (GEC) et dâEbuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente dâĂ©clairer lâactualitĂ© congolaise. Je suis Queen Bugandwa, Fellow au pilier politique d'Ebuteli. Nous sommes le vendredi 23 juin 2023.
Martin Fayulu menace de se retirer du processus Ă©lectoral. Cette dĂ©cision intervient six jours seulement avant le dĂ©but, ce 26 juin, de la rĂ©ception des candidatures pour la dĂ©putation nationale. AprĂšs avoir dĂ©noncĂ© depuis plusieurs mois, sans ĂȘtre entendu, avec lâopposition et une partie de la sociĂ©tĂ© civile, les diffĂ©rents problĂšmes de transparence dans le processus Ă©lectoral en cours, le prĂ©sident de lâĂcidĂ© tente ici un dernier coup de pression pour obliger la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni) Ă rectifier le tir.
Si la Ceni ne recule pas, Fayulu peut-il mettre sa menace en exĂ©cution ? Rappelons que la stratĂ©gie de boycott a dĂ©jĂ Ă©tĂ© utilisĂ©e par Ătienne Tshisekedi en 2006, quand il avait demandĂ© Ă ses partisans, dâabord, de ne pas se faire inscrire sur les listes Ă©lectorales, ensuite, de ne pas aller voter au rĂ©fĂ©rendum constitutionnel et, enfin, de ne pas se prĂ©senter dans les bureaux de vote le jour des scrutins.
Ă lâĂ©poque, dâautres leaders de lâopposition, Ă lâinstar de Jean-Pierre Bemba, nâavaient pas suivi Tshisekedi pĂšre dans cette dĂ©marche. Le boycott du processus Ă©lectoral nâavait alors pas permis Ă lâopposition de se regrouper pour mieux peser et revendiquer ensemble. LâHistoire risque de se rĂ©pĂ©ter aujourdâhui. Dâautant que la dĂ©marche quâentreprend Martin Fayulu crĂ©e dĂ©jĂ une premiĂšre scission avec les trois autres leaders de lâopposition : MoĂŻse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga. MĂȘme si elle se rapproche de celle de lâancien prĂ©sident Joseph Kabila dont la formation politique se dit « pas concernĂ©e » par le processus Ă©lectoral en cours.
En fait, si la menace de boycott nâatteint pas le pari de renforcer la mobilisation politique, elle risque dâaccroĂźtre les chances du prĂ©sident sortant, FĂ©lix Tshisekedi, de dĂ©crocher un second mandat. Dâailleurs, le sondage">sondage rĂ©alisĂ© mi-janvier par le Bureau dâĂ©tudes, de recherche et de consulting international (Berci), avec Ebuteli et le GEC faisait Ă©tat du risque dâune forte abstention Ă la prochaine prĂ©sidentielle qui pourrait profiter Ă Tshisekedi.
Comme on le voit, le boycott est certes une stratĂ©gie politique lĂ©gitime pour protester contre un processus Ă©lectoral jugĂ© « mal engagĂ© », il nâen demeure pas moins un pari risquĂ©. Il exposerait ses dĂ©fenseurs Ă une perte dâinfluence politique. Au sein du camp de Fayulu par exemple, certains dĂ©putĂ©s et cadres demandent dĂ©jĂ Ă leur champion de « revenir sur [sa] dĂ©cision », craignant de ne pas conserver leur siĂšge au Parlement ou de ne pas pouvoir en gagner dâautres. Autre consĂ©quence : sâil se retire du processus Ă©lectoral, Martin Fayulu perdra toute lĂ©gitimitĂ© et toute lĂ©galitĂ© pour contester plus tard les rĂ©sultats.
Enfin, Ă six mois des Ă©lections, la menace de boycott ne laisse-t-elle pas transparaĂźtre une autre question importante ? Celle de la prĂ©paration des formations politiques aux Ă©lections. Des partis de tous bords politiques sont-ils aujourdâhui prĂȘts, techniquement et financiĂšrement, pour les scrutins Ă venir ? Combien ont dĂ©jĂ formalisĂ© leur regroupement politique pour anticiper le double seuil de recevabilitĂ© et de reprĂ©sentativitĂ© ?