← 🎙Po Na Biso
Le boycott des Ă©lections en RDC peut-il ĂȘtre une stratĂ©gie efficace ? artwork

Le boycott des Ă©lections en RDC peut-il ĂȘtre une stratĂ©gie efficace ?

🎙Po Na Biso
S3 E2403:55
Play episode

Show notes

« Nous avons dĂ©cidĂ© de ne pas dĂ©poser les candidatures de nos membres Ă  tous les niveaux des Ă©lections, tant que le fichier Ă©lectoral, c’est-Ă -dire, la liste des Ă©lecteurs ne sera pas refaite dans la transparence et auditĂ©e par un cabinet extĂ©rieur compĂ©tent en la maniĂšre», a menacĂ©, le lundi 19 juin, Martin Fayulu, prĂ©sident de l’ÉcidĂ© et candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prĂ©sidentielle du 20 dĂ©cembre prochain en RDC. La politique de la chaise vide est-elle vraiment le meilleur moyen de protester ? Bonjour et bienvenue dans ce 24e Ă©pisode de la saison 3 de Po Na GEC, la capsule audio du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, qui tente d’éclairer l’actualitĂ© congolaise. Je suis Queen Bugandwa, Fellow au pilier politique d'Ebuteli. Nous sommes le vendredi 23 juin 2023. Martin Fayulu menace de se retirer du processus Ă©lectoral. Cette dĂ©cision intervient six jours seulement avant le dĂ©but, ce 26 juin, de la rĂ©ception des candidatures pour la dĂ©putation nationale. AprĂšs avoir dĂ©noncĂ© depuis plusieurs mois, sans ĂȘtre entendu, avec l’opposition et une partie de la sociĂ©tĂ© civile, les diffĂ©rents problĂšmes de transparence dans le processus Ă©lectoral en cours, le prĂ©sident de l’ÉcidĂ© tente ici un dernier coup de pression pour obliger la Commission Ă©lectorale nationale indĂ©pendante (Ceni) Ă  rectifier le tir. Si la Ceni ne recule pas, Fayulu peut-il mettre sa menace en exĂ©cution ? Rappelons que la stratĂ©gie de boycott a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© utilisĂ©e par Étienne Tshisekedi en 2006, quand il avait demandĂ© Ă  ses partisans, d’abord, de ne pas se faire inscrire sur les listes Ă©lectorales, ensuite, de ne pas aller voter au rĂ©fĂ©rendum constitutionnel et, enfin, de ne pas se prĂ©senter dans les bureaux de vote le jour des scrutins. À l’époque, d’autres leaders de l’opposition, Ă  l’instar de Jean-Pierre Bemba, n’avaient pas suivi Tshisekedi pĂšre dans cette dĂ©marche. Le boycott du processus Ă©lectoral n’avait alors pas permis Ă  l’opposition de se regrouper pour mieux peser et revendiquer ensemble. L’Histoire risque de se rĂ©pĂ©ter aujourd’hui. D’autant que la dĂ©marche qu’entreprend Martin Fayulu crĂ©e dĂ©jĂ  une premiĂšre scission avec les trois autres leaders de l’opposition : MoĂŻse Katumbi, Matata Ponyo et Delly Sesanga. MĂȘme si elle se rapproche de celle de l’ancien prĂ©sident Joseph Kabila dont la formation politique se dit « pas concernĂ©e » par le processus Ă©lectoral en cours. En fait, si la menace de boycott n’atteint pas le pari de renforcer la mobilisation politique, elle risque d’accroĂźtre les chances du prĂ©sident sortant, FĂ©lix Tshisekedi, de dĂ©crocher un second mandat. D’ailleurs, le sondage">sondage rĂ©alisĂ© mi-janvier par le Bureau d’études, de recherche et de consulting international (Berci), avec Ebuteli et le GEC faisait Ă©tat du risque d’une forte abstention Ă  la prochaine prĂ©sidentielle qui pourrait profiter Ă  Tshisekedi. Comme on le voit, le boycott est certes une stratĂ©gie politique lĂ©gitime pour protester contre un processus Ă©lectoral jugĂ© « mal engagĂ© », il n’en demeure pas moins un pari risquĂ©. Il exposerait ses dĂ©fenseurs Ă  une perte d’influence politique. Au sein du camp de Fayulu par exemple, certains dĂ©putĂ©s et cadres demandent dĂ©jĂ  Ă  leur champion de « revenir sur [sa] dĂ©cision », craignant de ne pas conserver leur siĂšge au Parlement ou de ne pas pouvoir en gagner d’autres. Autre consĂ©quence : s’il se retire du processus Ă©lectoral, Martin Fayulu perdra toute lĂ©gitimitĂ© et toute lĂ©galitĂ© pour contester plus tard les rĂ©sultats. Enfin, Ă  six mois des Ă©lections, la menace de boycott ne laisse-t-elle pas transparaĂźtre une autre question importante ? Celle de la prĂ©paration des formations politiques aux Ă©lections. Des partis de tous bords politiques sont-ils aujourd’hui prĂȘts, techniquement et financiĂšrement, pour les scrutins Ă  venir ? Combien ont dĂ©jĂ  formalisĂ© leur regroupement politique pour anticiper le double seuil de recevabilitĂ© et de reprĂ©sentativitĂ© ?

More from this show

More
  1. Manifestation de la C64 : la violence et la répression, position de force ou aveu de faiblesse ?

    Le 15 septembre, la manifestation Ă  l’appel de la Coalition 64 s’est une nouvelle fois terminĂ©e dans la violence. Les partisans de cette plateforme qui s’oppose au changement de la


    S6 E3703:59
  2. RDC : quels enjeux pour la session parlementaire de septembre 2026 ?

    Le 7 septembre, le dĂ©putĂ© Augustin Kabuya a demandĂ© au prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale d’amĂ©nager l’heure de la cĂ©rĂ©monie d’ouverture de la session parlementaire prĂ©vue le 15 se


    S6 E3604:41
  3. Convocation du dialogue national par le président Tshisekedi: la neutralité du processus sacrifiée ?

    Le 27 aoĂ»t, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi a annoncĂ© le « dialogue national pour la paix, la cohĂ©sion et la refondation de l’État ». Celui-ci se tiendra sur le sol congolais pendant


    S6 E3506:20
  4. Le chef, le parti et le systĂšme : sortir de la personnalisation politique en RDC

    Le jeudi 20 aoĂ»t, le directoire exĂ©cutif national d’Ensemble pour la RĂ©publique suspend HervĂ© Diakese de ses fonctions de porte-parole et renvoie son dossier devant le comitĂ© des s


    S6 E3406:17
  5. Que fait la RDC de l’argent qu’elle mobilise ?

    Depuis quelques jours, l’Eurobond Ă©mis par la RDC suscite beaucoup de dĂ©bats. Certains se demandent s’il fallait emprunter autant d’argent, alors qu’une partie importante des fonds


    S6 E3304:33
  6. Dialogue national en RDC : des signes d’ouverture, mais toujours pas de cadre

    Depuis l’annonce d’un dialogue national inclusif, l’opposition n’a cessĂ© de multiplier les sorties mĂ©diatiques pour poser ses prĂ©alables. Elle rĂ©clame notamment la dĂ©crispation du


    S6 E3205:06
Now Playing