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La Russie peut-elle devenir une alliée pour la RDC ?

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Le 16 août, le ministre congolais de la Défense, Gilbert Kabanda Kurhenga, était à Moscou pour assister à la conférence sur la sécurité internationale aux côtés de 35 de ses homologues. Alors que son gouvernement avait voté la condamnation de l’invasion russe de l’Ukraine il y a moins de six mois à l’assemblée générale de l’ONU, le ton était cette fois beaucoup plus chaleureux. Le ministre est allé jusqu’à souhaiter « vivement » un « appui multiforme » de Moscou contre les groupes armés présents dans l’Est de la RDC, dont notamment le M23 et les ADF. Ce virage de la position congolaise peut-il annoncer un rapprochement d’ampleur avec la Russie ? Bonjour et bienvenue dans ce 26e épisode de la saison 2 de Po Na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualité de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, le partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New-York. Nous sommes le vendredi 26 août, et cette semaine, nous nous intéressons au potentiel de coopération entre la Russie et la RDC. Par certains aspects, la présence russe au Congo rappelle ce qu’elle était en Centrafrique à ses débuts. Le chargé d’affaires de l’ambassade russe à Kinshasa depuis 2021, Viktor Tokmakov, était précédemment basé à Bangui, où il a facilité l’implantation de la société militaire privée russe Wagner. Comme elle l’avait fait en Centrafrique, la Russie a pris position, au moins publiquement, contre le régime de sanctions concernant la RDC, au Conseil de sécurité de l’ONU en juin dernier. Ce régime n’empêche pas le gouvernement congolais d’acheter les armes de son choix, mais une procédure de notification des ventes de matériels et services militaires par les pays fournisseurs a été partiellement reconduit. La Russie n’y a pas opposé son véto, comme elle en a pourtant le pouvoir. Néanmoins, Moscou a réussi à faire passer le message, dans l’opinion et une bonne partie des autorités, que les Nations-Unies et les Occidentaux empêcheraient Kinshasa de s’armer face aux rebelles. Si le régime de sanction n’en est pas responsable, il est en revanche exact que plusieurs pays occidentaux sont réticents à fournir armes et munitions à l’armée congolaise. Compte tenu des fréquentes violations des droits de l’Homme de soldats, des régulières ventes ou fournitures d’armes à des groupes armés par certains officiers, les Américains et les Européens font l’analyse que des livraisons d’armes plus massives ne sont pas la solution au problème, et que la réforme de l’armée est prioritaire. Cette situation crée toutefois des opportunités de collaboration entre la RDC et la Russie, qui est disponible pour vendre ces matériels. C’est ce que le ministre Kabanda a semblé venir chercher à Moscou">C’est ce que le ministre Kabanda a semblé venir chercher à Moscou. Une autre opportunité vient des difficultés de la Monusco à aider efficacement à lutter contre les groupes armés dans l’Est de la RDC, et plus particulièrement le M23. La fuite d’un rapport du groupe d’experts de l’ONU, pointant le soutien du Rwanda au M23, et la visite du secrétaire d’État américain Antony Blinken à Kinshasa et Kigali, début août, avaient suscité l’espoir, à la fois du gouvernement et de l’opinion publique congolaise, de sanctions contre Kigali, ou d’un appui militaire plus conséquent. Ceci n’est pas arrivé pour le moment, et la Monusco est la cible d’un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis juillet. Cette insatisfaction pourrait permettre à la Russie de se poser en alternative à l’intervention de la communauté internationale, au moment où Kinshasa cherche tous azimuts des alliés dans ce dossier, du Kenya à l’Afrique du Sud. Les pressions occidentales pour la tenue d’élections dans les délais constitutionnels pourraient aussi inciter Kinshasa à se tourner vers d’autres partenaires. Malgré son invasion de l’Ukraine, la Russie n’est pas majoritairement rejetée par l’opinion congolaise. Selon un sondage réalisé par le GEC, Ebuteli et Berci, en avril et mai dernier, 55% des Congolaises et Congolais interrogés estimaient que ce pays jouait un rôle globalement positif en RDC. Maintenant, la Russie a-t-elle réellement la capacité d’aider le Congo ? On peut en douter, compte tenu des efforts considérables auxquels elle doit déjà consentir pour soutenir son effort de guerre en Ukraine. Vu la faiblesse actuelle de sa présence au Congo, comparée à celle des Européens et des Américains, un basculement représenterait un effort d’ampleur, qui reste difficile à imaginer. Les Occidentaux ne semblent en tout cas pas y croire pour le moment. Ils rappellent que la présence russe n’a pas permis à la Centrafrique ou au Mali de sortir de l’insécurité. Les signaux de Kinshasa en direction de Moscou sont interprétés comme un bluff, un argument pour forcer les Occidentaux à appuyer plus fermement le gouvernement congolais. Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C, ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. A bientôt !

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