Le mardi 19 mai, une nouvelle plateforme politique et citoyenne a vu le jour Ă Kinshasa. Son nom : C64, Coalition Article 64 pour la dĂ©fense de lâordre constitutionnel. Objectif affichĂ© : barrer la route Ă tout projet de changement de la Constitution. Mais derriĂšre cette banniĂšre constitutionnelle, que cherchent rĂ©ellement Martin Fayulu, MoĂŻse Katumbi, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ? Assiste-t-on Ă un retour de lâopposition dans la bataille politique⊠ou au dĂ©but dâune tentative de recomposition du rapport de force politique Ă lâapproche de 2028 ?
Bonjour,
Je mâappelle TrĂ©sor Kibangula. Je coordonne les recherches sur la politique Ă Ebuteli. Vous Ă©coutez le 20e Ă©pisode de Po Na Biso, le podcast dâEbuteli et du Groupe dâĂ©tude sur le Congo (GEC), qui, chaque semaine, donne notre point de vue sur un sujet dâactualitĂ© en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.
Mardi, Ă Kinshasa, lâopposition a retrouvĂ© quelque chose quâelle semblait avoir perdu depuis longtemps : une image de cohĂ©sion. Dans une salle chauffĂ©e par les slogans, les drapeaux des partis et une foule compacte massĂ©e jusque dehors, plusieurs leaders de lâopposition, parmi lesquels Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et un reprĂ©sentant de MoĂŻse Katumbi ont lancĂ© la Coalition Article 64 (C64), du nom de cet article de la Constitution qui donne aux citoyens le devoir de faire Ă©chec Ă toute prise ou exercice du pouvoir en violation de la Constitution. La scĂšne Ă©tait pensĂ©e. Et le message aussi.
Mais au-delĂ de la dĂ©monstration de force visuelle, C64 rĂ©vĂšle surtout une tentative de repositionnement politique de lâopposition dans un contexte profondĂ©ment transformĂ© par la guerre dans lâEst, la montĂ©e du discours patriotique et le rĂ©trĂ©cissement progressif de lâespace politique.
Depuis plusieurs mois, le pouvoir domine largement la bataille du rĂ©cit public. Toute critique du rĂ©gime est rĂ©guliĂšrement exposĂ©e au soupçon de complicitĂ© avec Kigali ou avec les rebelles du M23. Lâopposition peine Ă exister sans ĂȘtre renvoyĂ©e Ă une forme dâanti-patriotisme. C64 tente justement de sortir de ce piĂšge.
Le premier Ă©lĂ©ment marquant est donc stratĂ©gique : contrairement Ă dâautres initiatives rĂ©centes, cette coalition prend soin de ne pas sâaligner explicitement avec le courant incarnĂ© par Joseph Kabila et sa plateforme Sauvons la RDC. En clair, Fayulu, Katumbi, Sesanga et Kabund essaient de reconstruire une opposition capable de contester le pouvoir sans ĂȘtre immĂ©diatement absorbĂ©e dans le schĂ©ma « patriotes contre traĂźtres » imposĂ© par la majoritĂ© politique actuelle.
Mais derriÚre la défense de la Constitution, un autre enjeu apparaßt rapidement : celui du rapport de force politique.
Depuis des mois, les appels au dialogue politique interne se heurtent Ă la rĂ©ticence du prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi. Les initiatives des Ăglises catholique et protestante nâont pas vĂ©ritablement avancĂ©. Et beaucoup dâacteurs ont dĂ©sormais le sentiment que Kinshasa nâaccepte de discuter que lorsquâun rapport de force lui est imposĂ©. Les nĂ©gociations directes engagĂ©es avec lâAFC/M23 Ă Doha, aujourdâhui dĂ©localisĂ©es Ă Montreux, ont renforcĂ© cette lecture.
Câest lĂ que C64 prend une autre dimension. Car la bataille contre le changement de Constitution peut mobiliser lâopinion. Elle pourrait permettre Ă lâopposition de retrouver des clĂ©s de remobilisation politique capables de rééquilibrer le rapport de force et, Ă terme, de pousser le pouvoir Ă accepter des discussions politiques nationales. Le camp au pouvoir a dâailleurs essayĂ© de riposter en annonçant Ă son tour le lancement « dans les jours Ă venir » de la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4).
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