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Faut-il inviter les armĂ©es d’Afrique de l’Est en RDC ?

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S2 E2003:57
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Selon plusieurs sources diplomatiques, ce ne serait qu’une question de semaines : Ă  la fin de ce mois de juillet, une force rĂ©gionale de l’EAC, la CommunautĂ© d’Afrique de l’Est, pourrait commencer Ă  se dĂ©ployer dans la partie orientale de la RDC. Elle devrait comporter des contingents du Kenya, de l’Ouganda, du Burundi et mĂȘme du Soudan du Sud. Mais est-ce la bonne mĂ©thode ? Bonjour et bienvenue dans ce 20e Ă©pisode de la saison 2 de Po na GEC, la capsule audio qui tente d’éclairer l’actualitĂ© de la RDC. Je suis Pierre Boisselet, coordonnateur des recherches sur la violence d’Ebuteli, partenaire du Groupe d’étude sur le Congo de l’UniversitĂ© de New-York. Nous sommes le vendredi 15 juillet, et cette semaine, nous nous intĂ©ressons Ă  la force rĂ©gionale de l’EAC. La crĂ©ation de cette force avait Ă©tĂ© annoncĂ©e pour la premiĂšre fois le 22 avril 2022, Ă  Nairobi, Ă  l’issue du conclave des chefs d’État de l’EAC, peu aprĂšs la signature du traitĂ© d’adhĂ©sion de la RDC. Son objectif : lutter contre les groupes armĂ©s qui refuseraient de dĂ©poser les armes. Le projet paraissait alors nĂ©buleux et incertain. Il l’est encore en partie. Mais le processus a avancĂ© depuis et un « concept d’opĂ©ration » a mĂȘme Ă©tĂ© signĂ© par les chefs d’État-major des pays de la zone, dont la RDC, le 19 juin dernier. Ce document, que nous avons pu consulter, pose toutefois de nombreuses questions. D’abord, celui de sa stratĂ©gie. Les chefs militaires d’Afrique orientale semblent considĂ©rer qu’une opĂ©ration militaire extĂ©rieure dĂ©cisive, sous commandement kĂ©nyan, pourrait ramener la paix en l’espace de six mois – mĂȘme si ce mandat initial pourrait ĂȘtre renouvelĂ©. L’insĂ©curitĂ© qui touche l’est de la RDC est pourtant profonde (elle dure depuis prĂšs de 30 ans) et complexe. Il est difficile d’imaginer un retour durable de la paix sans une rĂ©forme structurelle de l’État congolais, ce que ne peuvent pas faire des armĂ©es Ă©trangĂšres. Ces opĂ©rations comportent mĂȘme le risque d’aggraver la situation dans certains endroits. Le dĂ©ploiement de l’armĂ©e sud-soudanaise est par exemple prĂ©vu dans les provinces des UĂ©lĂ©, oĂč le niveau d’insĂ©curitĂ© est pourtant modĂ©rĂ©. Il paraĂźt mĂȘme moindre qu’au Soudan du Sud lui-mĂȘme, oĂč l’instabilitĂ© justifie la prĂ©sence d’une mission de l’ONU, la Minuss, depuis 2011. Comme d’autres, ce pays mĂšne aussi parfois des incursions non sollicitĂ©es sur le sol congolais. La question de la collaboration de la nouvelle force avec la Monusco se pose Ă©galement. Ses concepteurs prĂ©voient une collaboration Ă©troite avec la mission onusienne, qui doit ĂȘtre intĂ©grĂ© Ă  l’état-major. Il faudrait pour cela sans doute un mandat diffĂ©rent, l’actuel ne lui permettant de mener des opĂ©rations conjointes qu’avec les FARDC. En son absence, cette collaboration pourrait davantage ressembler Ă  l’entente trĂšs imparfaite qui prĂ©vaut avec l’armĂ©e ougandaise dans la lutte contre les ADF. À la diffĂ©rence des autres missions de l’ONU et de l’UA, il est Ă©galement prĂ©vu que les États membres financent eux-mĂȘmes le dĂ©ploiement et l’entretien de leurs troupes. Pour rentrer dans leurs frais, les contingents pourraient ĂȘtre incitĂ©s Ă  promouvoir leur intĂ©rĂȘt, notamment Ă©conomiques, en lieu et place de celui de la RDC. Une telle dynamique pourrait aussi amener Ă  des rivalitĂ©s entre contingents. En principe, chacun aura une zone particuliĂšre de dĂ©ploiement (le Tanganyika et le Sud-Kivu pour le Burundi, qui officialiserait ainsi sa prĂ©sence, le Petit-Nord pour le Kenya, le Grand-Nord et l’Ituri pour l’Ouganda qui devrait renforcer son contingent, et les UĂ©lĂ© pour le Soudan du Sud, comme nous l’avons vu). Mais des frictions restent possibles, notamment Ă  leurs frontiĂšres. La rĂ©action du Rwanda paraĂźt enfin imprĂ©visible. S’il doit faire partie de l’état-major de la force (en charge notamment du renseignement), ce pays est le seul de la l’EAC dont les soldats ne sont pas autorisĂ©s Ă  opĂ©rer sur le sol congolais. Lors de l’un de ses derniers rapports, le Groupe d’étude sur le Congo et Ebuteli avaient identifiĂ© l’entrĂ©e de l’armĂ©e ougandaise au Congo, en novembre 2021, et sa rivalitĂ© avec le Rwanda comme l’un des facteurs derriĂšre la rĂ©apparition de la rĂ©bellion du M23. Dans le cadre de cette nouvelle force, le contingent kĂ©nyan devrait ĂȘtre en premiĂšre ligne pour affronter ces rebelles. Mais il n’est pas certain qu’on en mesure toutes les consĂ©quences. Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre tĂ©lĂ©phone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C, ou « Ebuteli » au +243 894 110 542. A bientĂŽt !

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