« LâAfrique nâa pas besoin dâaumĂŽne ! Elle se bat pour conquĂ©rir des espaces de libertĂ© et dâaction dans un monde toujours en compĂ©tition, afin de se forger un destin meilleur et dâapporter davantage sa contribution au progrĂšs gĂ©nĂ©ral de l'humanitĂ© ». Ces mots sont ceux du prĂ©sident congolais FĂ©lix Tshisekedi Ă la tribune des Nations Unies lors de la 76e session de lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Que peut-on retenir du discours du prĂ©sident de la RĂ©publique ?
Je suis Fred Bauma, directeur de recherche du Groupe dâĂtude sur le Congo, centre de recherche de lâUniversitĂ© de New York. Dans ce 32Ăšme numĂ©ro de Po na Gec, je commente la derniĂšre sortie du prĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo. Nous sommes le vendredi 24 septembre 2021.
Tshisekedi aura tenu Ă ĂȘtre prĂ©sent Ă cette session de lâAssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale de lâONU, un rendez-vous annuel des dĂ©cideurs, perturbĂ© par la pandĂ©mie du Covid-19. Dâailleurs, pour la prĂ©cĂ©dente session, les chefs d'Ătats et de gouvernements sâĂ©taient contentĂ©s de lire leurs discours devant de petits Ă©crans, craignant dâaccentuer davantage la propagation du virus.
Pour son discours, le prĂ©sident congolais, qui est Ă la tĂȘte de lâUnion Africaine cette annĂ©e, sâest appesanti sur les dĂ©fis auxquels fait face le continent. « Nous avons voulu porter la voix du continent », mâexpliquait Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement congolais. Des 15 pages du discours du PrĂ©sident, au moins 10 sont consacrĂ©es Ă la situation gĂ©nĂ©rale de lâAfrique, le Congo nâĂ©tant citĂ© quâen filigrane.
Et le Covid, aura Ă©tĂ© un des grands thĂšmes du discours de Fatshi qui sâest fait vaccinĂ© seulement Ă la veille de son voyage pour New York. Le prĂ©sident congolais a plaidĂ©, avec raison, pour plus dâĂ©quitĂ© dans la rĂ©ponse contre le Covid, pour un plus grand accĂšs aux vaccins et pour des rĂ©formes structurelles dans le secteur de santĂ©. Lâobjectif Ă©tant dâarriver à « distribuer plus de 25 millions de vaccins par mois ». M. Tshisekedi a raison : Ă ce stade, seuls deux Africains sur cent sont vaccinĂ©s, contre une moyenne mondiale de 46 %. Aussi, les vaccins destinĂ©s aux Africains sont considĂ©rĂ©s douteux par certains pays occidentaux comme la Grande-Bretagne. Mais FĂ©lix Tshisekedi a aussi raison dâalerter contre les « inĂ©galitĂ©s que peut engendrer la reprise Ă©conomique post-Covid ». DâoĂč son plaidoyer pour « plus de financement » et « un allĂšgement de la dette africaine ». Dâautres sujets abordĂ©s par le PrĂ©sident de la RĂ©publique concernent lâintĂ©gration rĂ©gionale, le multilatĂ©ralisme, ou encore la protection de lâenvironnement. Sur ce dernier point, le PrĂ©sident congolais a plaidĂ©, non sans raison, pour une « compensation des sacrifices consentis par les Africains pour prĂ©server lâhumanitĂ© contre le rĂ©chauffement climatique ». Sera-t-il Ă©coutĂ© ?
Toutefois, deux autres sujets abordĂ©s par le chef de l'Ătat congolais peuvent faire dĂ©bat.
Dâabord, tout en reconnaissant la nĂ©cessitĂ© « des institutions dĂ©mocratiques fortes et stables », le prĂ©sident voit le terrorisme et la violence armĂ©e en gĂ©nĂ©ral comme la principale menace au progrĂšs dĂ©mocratique sur le continent. Alors que sous sa prĂ©sidence Ă la tĂȘte de lâUnion Africaine, des changements anticonstitutionnels se multiplient avec au moins deux coups dâĂ©tat au Mali et en GuinĂ©e, un changement discutable au Tchad ainsi deux coups d'Ă©tat ratĂ©s au Niger et Soudan, le prĂ©sident nâa pas daignĂ© aborder la brulante question de manipulations des constitutions et dâĂ©lections truquĂ©es qui font le lit de la contestation et Ă©ventuellement servent de justification pour certains de ces coups dâĂ©tats. Il nâa pas non plus dit mot sur lâincapacitĂ© de lâUnion Africaine Ă aborder ouvertement ces problĂ©matiques.
Aussi, parlant de la RDC, le prĂ©sident a dĂ©plorĂ© ce quâil appelle « lâintĂ©grisme islamiste » qui, selon lui, endeuille lâEst de la RDC, de lâIturi au Maniema en passant par le Nord et Sud Kivu. Cette lecture est pour le moins contestable. Sâil est vrai que les dĂ©fis sĂ©curitaires semblent se multiplier sur le continent et constituent une menace Ă la stabilitĂ© de diffĂ©rents pays, il est difficile de lire tous les conflits sur le continent sous lâangle du terrorisme. Aussi, il est erronĂ© et dangereux de recadrer la problĂ©matique des groupes armĂ©s en RDC sous cet unique angle.Pour ce qui est du Congo, seul les ADF ont un lien avec lâIslamisme et mĂȘme pour ce groupe, le label de djihadisme ou terrorisme cache la complexitĂ© des motivation et des acteurs. Comme indiquĂ© dans des prĂ©cĂ©dents Po Na Gec, une telle lecture pourrait conduire Ă des solutions exclusivement militaires sans tenir compte des rĂ©alitĂ©s locales et de la complexitĂ© de la dynamique des conflits.
Le prĂ©sident Tshisekedi, pourrait-il, dans les cinq mois qui lui restent Ă la tĂȘte de lâUnion Africaine, rĂ©ussir Ă remettre le continent sur la voie de la dĂ©mocratie, de la stabilitĂ© et de lâĂ©mancipation Ă©conomique?
Pour recevoir Po na GEC chaque vendredi sur votre téléphone, rejoignez notre fil WhatsApp en envoyant « GEC », G, E, C, au +243 894 110 542. à trÚs vite !