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RDC, Ukraine, Sénégal, France : trois regards sur des économies sous tension

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Guerres, dépendances, dette publique : trois problématiques mais un même enjeu de souveraineté et de financements. En RDC, les banques accompagnent la diversification d’une économie tirée par le secteur minier. En Ukraine, la guerre fragilise agriculteurs et ports, menaçant les marchés alimentaires mondiaux. Au Sénégal et en France, la dette pose la question : jusqu’où un État peut-il emprunter et assumer ses choix ? Plusieurs acteurs ou observateurs de ces enjeux livrent leurs analyses. République démocratique du Congo : financer la transformation de l’économie Avec Kadija Sango Keïta, directrice exécutive de Rawbank, chargée des finances et de la trésorerie L'émission en vidéo ici Diversifier une économie encore dépendante des mines Première banque commerciale de RDC, Rawbank revendique un modèle de banque universelle, présent auprès des ménages, des PME et des grandes entreprises. L’enjeu est désormais de diversifier les sources de revenus et de financer davantage les infrastructures, les télécommunications et les PME, ainsi que les entreprises qui gravitent autour des grands groupes. Inclusion financière et révolution du mobile money La digitalisation transforme rapidement les usages bancaires en RDC. Avec son application Illico Cash, Rawbank cherche à toucher une clientèle plus large, notamment grâce aux paiements et aux transactions numériques. Pour les personnes jusque-là éloignées du système bancaire, l'historique des transactions peut également permettre de constituer un « score de crédit » et d'accéder progressivement à l'épargne, au crédit ou encore à l'assurance. Du cash à la traçabilité financière La réduction de l'utilisation du cash est également présentée comme un moyen de mieux tracer les flux financiers et de contribuer à la lutte contre la fraude et la corruption. Mines : financer toute la chaîne de valeur Le secteur minier demeure au cœur de l'économie congolaise. Pour Rawbank, l'enjeu ne consiste pas seulement à financer les grandes compagnies minières, mais aussi leurs fournisseurs, leurs sous-traitants et les ménages concernés par cette activité. La banque entend privilégier les entreprises répondant à certains standards internationaux et contribuer à structurer des financements de taille importante avec des partenaires internationaux. Énergie, infrastructures et contenu local Mines, énergie et infrastructures sont étroitement liées. L'enjeu est notamment de financer des projets capables de créer davantage de valeur ajoutée en RDC, tout en mobilisant, lorsque les montants dépassent les capacités d'une banque locale, des capitaux et des partenaires financiers internationaux. Dette souveraine : le retour de la RDC sur les marchés Rawbank a participé, avec une banque internationale, à la structuration d'une levée de fonds de l'État congolais. Selon Khadija Sango Keïta, cette opération constitue un signal de retour de la RDC sur les marchés internationaux des capitaux et illustre le rôle que peut jouer une banque locale dans la mobilisation de financements internationaux. Franc congolais : réduire la dépendance au dollar Autre enjeu majeur : la place du dollar dans l'économie congolaise. Khadija Sango Keïta évoque les réformes engagées par la Banque centrale et la volonté de réduire progressivement l'utilisation du dollar en espèces, au profit du franc congolais dans les transactions quotidiennes. Ukraine : la guerre frappe les céréales et les ports Avec Dmytro Barinov, président de l’Association des ports ukrainiens, entretien réalisé à Odessa par Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI. Des ports quasiment à l'arrêt Le conflit touche directement les infrastructures portuaires de la mer Noire. Selon Dmytro Barinov, le trafic dans la région d'Odessa est fortement perturbé par les risques encourus par les équipages et les navires. La menace ne concerne plus seulement les infrastructures à quai : les navires étrangers entrant ou sortant des ports ukrainiens sont eux aussi exposés. Les agriculteurs pris dans une guerre d'attrition Dans la région d'Odessa, les agriculteurs doivent faire face à des silos et infrastructures céréalières frappés par des drones ou des missiles. Le reportage de Nathanaël Vittrant décrit une situation dans laquelle les exploitants disposent parfois de récoltes, mais plus de capacités suffisantes pour les stocker. Exporter ou stocker : le dilemme des producteurs Pour les agriculteurs ukrainiens, l'impossibilité d'exporter entraîne une baisse des prix et complique l'écoulement des récoltes. Les négociants hésitent à acheter des productions qu'ils ne peuvent ensuite charger sur des navires. L'effet se répercute ainsi sur l'ensemble de la chaîne agricole. Une menace qui dépasse les frontières ukrainiennes L'Ukraine exporte traditionnellement vers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la Turquie. Dmytro Barinov souligne également le rôle de la production ukrainienne dans l'approvisionnement du Programme alimentaire mondial. La perturbation des exportations constitue donc, selon lui, un enjeu qui dépasse largement les frontières de l'Ukraine. Quelles alternatives aux ports de la mer Noire ? Le transport fluvial a été développé comme solution de remplacement depuis 2022, avec un record de transbordement annoncé à 32 millions de tonnes en 2023. Mais cette solution ne permet pas, selon Dmytro Barinov, de remplacer les capacités des ports en eaux profondes de la mer Noire. Le ferroviaire présente lui aussi des limites, notamment liées aux différences de normes entre les réseaux ukrainien et européen et aux capacités de transport. Sénégal : que signifie réellement le « traitement » de la dette ? Mor Thiam, chercheur associé en finances publiques à l’Université de Poitiers (France) L'émission en vidéo ici Un nouvel accord avec le FMI Le Sénégal est engagé dans un processus de réduction de sa dette publique. Un accord avec le FMI portant sur un nouveau programme d'aide de 2,2 milliards de dollars prévoit notamment un cadre budgétaire sur trois ans, un assainissement des finances publiques, des mesures correctrices et des réformes destinées à accroître les recettes de l'État. Restructuration, reprofilage, ajustement : les mots comptent Pour Mor Thiam, le vocabulaire utilisé pour qualifier le traitement de la dette n'est pas neutre. Le périmètre retenu, le recours au cadre du G20 et l'objectif de modifier le profil de la dette conduisent, selon son analyse juridique et financière, à parler de restructuration. Le gouvernement privilégie pour sa part l'expression de « plan de traitement » ou de « reprofilage ». Quel rôle pour le Parlement ? La question de la dette est également institutionnelle. Mor Thiam souligne le rôle du Parlement dans les opérations portant sur la dette publique sénégalaise et cite notamment les dispositions de la loi organique relative aux lois de finances et du règlement général sur la comptabilité publique. Redonner de l'air au budget et au secteur privé L'objectif d'une restructuration est, selon l'analyse développée dans l'entretien, de modifier la relation avec les créanciers afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires. L'apurement des créances de l'État envers les entreprises privées est présenté comme un autre enjeu immédiat du programme. Relance économique et pouvoir d'achat Le financement du secteur privé apparaît comme une condition de la relance économique, alors que les investissements publics et les investissements directs étrangers ont reculé. Mais le programme soulève également la question des mesures d'économies et des subventions énergétiques, avec un enjeu central : restaurer les marges budgétaires tout en préservant le pouvoir d'achat des ménages. France : la dette publique au cœur du débat politique Une dette élevée, mais pas sans précédent historique La dette publique française dépasse les 3 000 milliards d'euros. Mor Thiam rappelle toutefois que la France a déjà connu historiquement des niveaux d'endettement très élevés. Il souligne aussi que la comparaison entre États ne peut pas reposer uniquement sur le ratio dette/PIB, chaque économie présentant des caractéristiques différentes. Le coût de la dette et les nouvelles transitions à financer L'entretien aborde la remontée des taux d'intérêt, le poids croissant de la charge de la dette et les besoins de financement liés notamment aux transitions écologique, démographique et numérique. L'annulation de la dette détenue par l'Eurosystème Le débat français porte notamment sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon concernant la dette détenue par la Banque de France via la BCE. L'entretien examine cette proposition sous deux angles : son acceptabilité politique au niveau européen et ses implications juridiques au regard des traités européens. Les obstacles juridiques et européens Mor Thiam distingue notamment les dispositions relatives au financement direct et celles concernant le renflouement des États. Il souligne que la Banque de France appartient à l'Eurosystème et que la question ne peut donc pas être traitée uniquement à l'échelle française. Qui doit avoir le dernier mot sur la dette ? L'entretien se termine sur une question commune au Sénégal et à la France : qui décide lorsqu'un État est confronté à une dette importante ? Pour Mor Thiam, la gestion de la dette relève d'une expertise technique, mais son remboursement a des conséquences sociales et politiques. Il insiste donc sur la responsabilité des pouvoirs publics et sur le contrôle exercé par les Parlements et les citoyens, tout en soulignant la responsabilité des créanciers. 🎵 Notre choix musical : No One like you - Alune Wade / Hindi Zahra 🖥️ Réalisation : Guillaume Munier

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